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Message de Marie Boisson, directrice de la Haute Guerche

La leçon des pierres

Les attitudes des sociétés humaines vis à vis des traces de leur passé sont loin d'être unanimes.  Ainsi, par exemple, à Paris, pendant le second Empire, bien avant même l'arrivée du célèbre Baron Hausmann, on a beaucoup détruit. Des milliers de bâtiments jugés vétustes ont été abattus sans état d'âme au profit de nouvelles "percées" plus conformes aux besoins de l'époque, notamment la fluidité des transports, l'hygiène et la sécurité. Certes, aucun monument majeur ne fut frappé par les démolisseurs, mais tout de même quelques hôtels particuliers de la fin du XVIIIe siècle, des maisons des XVII et XVIIIe siècles ont ainsi disparu du paysage urbain. Une très grande majorité de notables, de propriétaires fonciers et une partie non négligeable de la population ont approuvé - et même encouragé - ces "effacements". Aujourd'hui, changement d'époque, le patrimoine Hausmanien parisien est scrupuleusement préservé, voire muséifié, par toute une série de mesures comme la limitation de la hauteur des nouveaux immeubles, des règles contraignantes d'affectation des bâtiments... 

 

Regardons un peu plus loin de nous, la période de reconstruction urbaine de Beyrouth qui a débuté deux ans après la fin des guerres du Liban qui saigné ce pays de 1900 à 1990. On constate que l'effacement de la majeure partie de l'ancien centre ville n'a, en fait, touché que les immeubles affectés par les récents conflits. En revanche, ces travaux ont permis de révéler d'autres ruines, pour la plupart des vestiges de l'antiquité. Il a été décidé de les remettre en valeur dès 1994 notamment par une stratégie de muséification des sites archéologiques et de restauration des bâtiments religieux..

On peut même affirmer que cet intérêt pour ces traces de l'histoire ancienne permettait d'asseoir une certaine "autochtonie". En somme, une relecture plus lisse de l'histoire, sensée combler le besoin d'expression d'une mémoire vive et meurtrie.  Cette vision a été contestée par les anciennes élites citadines expropriées. Elles ont réussi à lancer un vif débat sur les notions patrimoniales du pays. D'un côté, les partisans d'une réhabilitation "comme avant", non dénuée de nostalgie et de l'autre, une approche résolument dynamique et sociologique qui considère la ruine comme un élément d'un processus créatif-destructif-créatif à l'instar de ce qu'ont pratiqué depuis la nuit des temps toutes les sociétés humaines du Moyen-Orient et d'Extrême-Orient : On construit, on détruit, on construit...

 

Que faire de mes ruines de la Haute Guerche ? Me voilà confrontée à de cruels dilemnes. Dois-je laisser le temps et les éléments naturels faire leur oeuvre destructrice ? Les bourrasques, les tempêtes, les pluies diluviennes, les sécheresses, les actes de malveillance, les restaurations défectueuses...autant d'évènements qui font monter en moi l'adrenaline et le stress. D'autant que je ne dispose pas aussi facilement d'aides financières. Quant aux assurances !...  Beaucoup de mes confrères propriétaires baissent les bras, d'autres encore pillent sans scrupule leur propre patrimoine. Je ne me résout pas à ces renoncements.

Dois-je au contraire me lancer dans une onéreuse reconstitution à l'identique aux motifs de mémoire et de pédagogie ? La plupart des visiteurs m'y poussent. Outre le problème du financement, quelle période choisir sur les 900 ans de l'histoire traversée par le château ? Le tout début ? le XIIIe siècle  ? Le XVe ? le XVIIe ? ... Certains proposent de transgresser cette question par une réplique onirique, un château rêvé, façon Walt Disney. Ce serait trahir la vocation de ce château volontairement discret. Et puis transformer ce site remarquable en parc d'attraction avec son cortège d'immenses parkings, d'hôtellerie-resort, de restauration mondialisée... est tout simplement impossible au regard de la géographie du lieu, de l'histoire et de la mentalité de la population du Layon.

 

J'ai trouvé une autre voie plus respectueuse, guidée par une lecture très attentive de ces pierres. Oui, la Haute Guerche parle à ceux qui savent l'entendre. J'en ai tirer une grande leçon de vie. Et une voie originale ancrée dans une conjugaison subtile, durable, réjouissante et collaborative. Je vous en réserve la primeur lors de votre venue ici. Je reste aussi très ouverte aux propositions de mes visiteurs. Ces ruines appartiennent à notre mémoire collective. Elles sont aussi les vôtres. 

  

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